Stéphane Minguet

Agricuculture, le vin & le rugby

C’est à Saint Pierre D’Aubézies, un petit village du Gers de 73 habitants,  que nous avons fait la rencontre de Stéphane Minguet. Après avoir emprunté les routes sinueuses du Gers, nous arrivons en début d’après-midi devant sa maison entourée de ses vignes. Face à nous, Stéphane est en train de clore la discussion avec son technicien au sujet de la santé de ses parcelles.

Après nous avoir reçu chaleureusement, nous suivons Stéphane et sa femme dans le salon pour débuter notre conversation avec un café autour de la table en bois massif. Le salon plante directement le décor ; nous percevons rapidement l’univers de Stéphane entre ballons de rugby, photos de ses filles et bouteilles de vins de sa coopérative Plaimont[1].

Accueillant, bon vivant et au physique de talonneur, cet agriculteur de 48 ans aux multiples facettes incarne à lui seul la culture Gasconne.  Dès les premières questions posées, Stéphane répond naturellement avec aisance, et l’entretien s’oriente rapidement sur les engagements.
Le rugby, affaire familiale et sport national du Sud-Ouest devient très vite une passion pour Stéphane.  C’est à six ans qu’il intègre pour la première fois l’Union Athlétique Vicoise (UAV), club de rugby de Vic-Fezensac où jouait son père, à 25 km de son village. Pendant trente ans, il jouera aux postes de première ligne avant d’intégrer le bureau de l’UAV.

« Ici, on vit rugby, c’est notre culture. Le foot, pas du tout : on les appelle les pousse-pastèques. »

Ferme de Stéphane

1976

Premier entraînement de rugby à 6 ans

1991

Reprise de l’exploitation familiale

2003

Fin de carrière en tant que rugbyman

2014

Président de l’UAV Rugby

Quelles sont les raisons initiales de vos engagements?

Dès son arrivée sur l’exploitation, son père l’invite à rejoindre le Centre départemental des Jeunes agriculteurs. Il assiste sans réelle motivation aux premières réunions, puis finit rapidement par embrasser le projet de ce syndicat. Au bout d’un an seulement, il prend la présidence de la section cantonale du syndicat et organise son premier concours de labour.

La présence de ses parents et la stabilité financière de l’exploitation lui permettent de poursuivre ses engagements, bien que Stéphane reconnaisse avoir au départ eu plus « envie de développer sa propre exploitation plutôt que d’aider les autres à développer la leur ». Très vite les responsabilités arrivent : en 1993  il devient Secrétaire général du bureau départemental de Jeunes agriculteurs. Ce poste de secrétaire impliquait obligatoirement à l’époque la prise en charge du poste de président des Services de remplacement du Gers.
Lorsque ses parents quittent l’exploitation en 1996, Stéphane mène de front son exploitation, dans laquelle il s’associe avec son frère, ses engagements et bien sûr le rugby. Sa femme, comptable de profession, les aide et s’occupe de la gestion financière. Pour pallier la baisse du prix des cultures et la mauvaise conjoncture économique, il choisit augmenter les surfaces de vignoble et de grandes cultures. Le rugby se présente alors comme une échappatoire. Lorsqu’il est au champ, Stéphane nous confie qu’il n’avait qu’une hâte : « Descendre du tracteur pour chausser les crampons et partir au stade. » Mais après trois jours hors de son entreprise agricole pour des besoins associatifs, il lui tarde vite de revenir voir ses vaches et aller dans les vignes, « c’est un besoin, c’est une passion comme le rugby ».

A 28 ans, Stéphane est confronté à la dure réalité du monde agricole ; responsable des recrutements du Service de remplacement en tant que Secrétaire Général, il doit parfois faire face à des situations sociales et professionnelles critiques où « des agriculteurs de vingt ans [ses] aînés, voulaient travailler, avec beaucoup de tristesse et de désarroi, pour sauver leur exploitation ». Stéphane est alors marqué émotionnellement : « Quand vous avez 28 ans et que votre principal souci c’est d’aller jouer au rugby le dimanche, on ne se rend pas compte de ça, ça m’avait beaucoup marqué, c’était très dur. »
Son père lui a souvent dit que ses engagements « lui ont plus appris que l’école ». La prise de parole, l’organisation de réunion, la réalisation d’évènements, les ressources humaines, sont autant de choses que Stéphane a pu apprendre au travers de ses engagements.  Cependant il avoue regretter parfois de ne pas avoir continué ses études pour être plus à l’aise dans ses engagements de tous les jours : « On se retrouve confronté à des gens qui ont bac + 5, et qui sont capables de vous coller sur n’importe quel point quand vous allez défendre votre métier, et ça c’est très dur à accepter. »
Rapidement, en 2009, on lui propose la présidence du Service de remplacement de la Région Midi-Pyrénées qui s’étend aujourd’hui aussi sur le Languedoc-Roussillon, avec la formation de la grande Région.     

« Autrefois, quand on était fils d’agriculteur, on n’avait pas franchement envie de le dire. C’est dommage, parce que c’est le plus beau des métiers »

Au moment de votre premier engagement, que signifiait-il pour vous ?

Depuis son plus jeune âge, Stéphane ne cesse d’être dans l’action. Son premier engagement ce sera dans la banda, ces fanfares locales typiques du Sud Ouest où il joue comme trompettiste. Stéphane est passionné de musique, et il découvre avec la banda le plaisir de jouer avant les matchs ou pendant les férias. Quelques années après, à ses 18 ans, il reprend la présidence du comité des fêtes de Saint-Pierre d’Aubézies, avec la volonté de faire évoluer la vie du village en intégrant les jeunes dans le comité. Ces premières expériences associatives le confortent dans l’idée qu’il poursuivra ses engagements et ne les limitera pas aux seules frontières de son village ou de son canton.

Fils d’agriculteur, son père lui transmet la passion du métier en l’associant aux tâches quotidiennes de l’exploitation. Stéphane doit donc concilier travaux agricoles, premiers engagements et scolarité. Pour l’école, il nous confie d’ailleurs en riant avoir fait « le minimum pour arriver jusqu’au bout ».

Une fois ses études terminées et son service militaire effectué, Stéphane s’installe officiellement sur l’exploitation familiale en 1991 à l’âge de 23 ans, en GAEC avec ses parents. L’exploitation comprend à la fois des vaches laitières, des céréales et quelques hectares de vignes. Au fil du temps, Stéphane pérennise l’exploitation en augmentant le nombre de têtes de son cheptel et en multipliant par trois les surfaces cultivées. Il choisit de développer principalement l’atelier viticole en augmentant son parcellaire de 17hectares. Fruit de sa passion, ce choix stratégique (PBLM) sera conforté par la reconnaissance en AOP quelques années plus tard (2011) des vins de Saint Mont. Avec l’aide de son ami William Servat, ancien talonneur du Stade Toulousain, il développera même un partenariat entre le Stade et la cave coopérative de Plaimont dont il deviendra vice-président.

Dès son arrivée sur l’exploitation, son père l’invite à rejoindre le Centre départemental des Jeunes agriculteurs. Il assiste sans réelle motivation aux premières réunions, puis finit rapidement par embrasser le projet de ce syndicat. Au bout d’un an seulement, il prend la présidence de la section cantonale du syndicat et organise son premier concours de labour.

La présence de ses parents et la stabilité financière de l’exploitation lui permettent de poursuivre ses engagements, bien que Stéphane reconnaisse avoir au départ eu plus « envie de développer sa propre exploitation plutôt que d’aider les autres à développer la leur ». Très vite les responsabilités arrivent : en 1993  il devient Secrétaire général du bureau départemental de Jeunes agriculteurs. Ce poste de secrétaire impliquait obligatoirement à l’époque la prise en charge du poste de président des Services de remplacement du Gers.
Lorsque ses parents quittent l’exploitation en 1996, Stéphane mène de front son exploitation, dans laquelle il s’associe avec son frère, ses engagements et bien sûr le rugby. Sa femme, comptable de profession, les aide et s’occupe de la gestion financière. Pour pallier la baisse du prix des cultures et la mauvaise conjoncture économique, il choisit augmenter les surfaces de vignoble et de grandes cultures. Le rugby se présente alors comme une échappatoire. Lorsqu’il est au champ, Stéphane nous confie qu’il n’avait qu’une hâte : « Descendre du tracteur pour chausser les crampons et partir au stade. » Mais après trois jours hors de son entreprise agricole pour des besoins associatifs, il lui tarde vite de revenir voir ses vaches et aller dans les vignes, « c’est un besoin, c’est une passion comme le rugby ».

 

« Moi je dis souvent : l’agriculture, le vin et le rugby, c’est lié, ça va très bien ensemble. »

A 28 ans, Stéphane est confronté à la dure réalité du monde agricole ; responsable des recrutements du Service de remplacement en tant que Secrétaire Général, il doit parfois faire face à des situations sociales et professionnelles critiques où « des agriculteurs de vingt ans [ses] aînés, voulaient travailler, avec beaucoup de tristesse et de désarroi, pour sauver leur exploitation ». Stéphane est alors marqué émotionnellement : « Quand vous avez 28 ans et que votre principal souci c’est d’aller jouer au rugby le dimanche, on ne se rend pas compte de ça, ça m’avait beaucoup marqué, c’était très dur. »

Son père lui a souvent dit que ses engagements « lui ont plus appris que l’école ». La prise de parole, l’organisation de réunion, la réalisation d’évènements, les ressources humaines, sont autant de choses que Stéphane a pu apprendre au travers de ses engagements.  Cependant il avoue regretter parfois de ne pas avoir continué ses études pour être plus à l’aise dans ses engagements de tous les jours : « On se retrouve confronté à des gens qui ont bac + 5, et qui sont capables de vous coller sur n’importe quel point quand vous allez défendre votre métier, et ça c’est très dur à accepter. »

Rapidement, en 2009, on lui propose la présidence du Service de remplacement de la Région Midi-Pyrénées qui s’étend aujourd’hui aussi sur le Languedoc-Roussillon, avec la formation de la grande Région.     

Quelle place occupe votre entourage (famille, amis, collègues) dans votre engagement?

Comment qualifieriez-vous l'évolution de la part de vos engagements au regard de la situation de votre exploitation?

A 35 ans, ses visites répétitives chez l’ostéopathe l’obligent à mettre fin à sa carrière de rugbyman. Mais, il est impensable pour lui de quitter le club. Il entre alors dans la direction du club avec la volonté de « rendre ce que le rugby lui a donné ». La même année, il développe également ses activités syndicales et accède rapidement aux postes de président du Centre de gestion « CER France Gascogne Adour » et de vice-président de la FDSEA du Gers. Comme élu professionnel, il s’implique également aussi au sein de la chambre d’agriculture de son département en tant que président de la commission emploi-formation. Mais l’engagement de Stéphane ne s’arrête pas là. Stéphane est aussi conseiller municipal de son village depuis 1997 (soit déjà trois mandats à son actif). On sent chez cet homme profondément attaché à son terroir la volonté de faire avancer les choses, d’innover. La fierté aussi, de  réussir à mobiliser les autres, à construire des projets. « Si on doit continuer à vivre comme l’UAV ou le Service de remplacement faisaient, sans innover, c’est pas la peine. J’adore faire mais il faut que ça avance, que ça évolue. J’ai envie que ça bouge ! »

Et de nous raconter humblement, de sa voix au fort accent du Sud-Ouest sa rencontre avec l’ancien président de la République: « Il y a 4 ans, on est montés – une délégation de quatre agriculteurs – à l’Elysée, et ça c’est fort quand même. Et comme l’un d’eux était au niveau national, on nous a invité sur le perron de l’Elysée, on a bu le café avec Nicolas Sarkozy pendant deux heures de temps. Ce sont des échanges assez forts, c’est un grand moment dans ma vie de syndicaliste. Je pense que c’est unique. » La routine, ce n’est pas pour lui. Cet homme aime les responsabilités et cite la phrase d’un sénateur : « Le pouvoir ça s’exerce, ça ne se partage pas. » Pour Stéphane, la prise de responsabilités s’apparente à une volonté de maîtriser un projet d’action collective et d’en savoir plus sur le fonctionnement des organisations auxquelles il adhère.

Stéphane est un homme multi-compétent, multitâches. Quand nous lui demandons de quelle manière il gère ses multiples activités, sa réponse fuse: « Il faut être très organisé. J’ai tout calé en fonction de ce que j’ai à faire. » Ses journées, il les organise de sa voiture, où il passe beaucoup de temps, entre les réunions au siège régional du Service de remplacement à Toulouse, le club de rugby à Vic, l’exploitation… Pendant six ans, il s’est même déplacé tous les quinze jours à Paris, pour des réunions au bureau national du Service de remplacement. Sans parler des déplacements supplémentaires liés à l’intersaison de rugby : « En ce moment, je vois des joueurs tous les soirs pour le recrutement, parce que la période de recrutement c’est pendant deux mois. » Pour s’y retrouver, Stéphane planifie son emploi du temps sur son smartphone, en veillant à ne pas laisser de « temps perdu » : « Il ne faut pas qu’il y ait de trou. » Et de reconnaître en souriant : « Ma voiture c’est mon bureau. » Ses moments de répit ? « Quand ça capte pas sur la route ! »

« C’est ma nature d’être actif, de m’impliquer. C’est bien de voir autre chose que notre métier, et ça aide souvent, ça évade de la routine ou des moments difficiles que l’on peut rencontrer sur l’exploitation. »

Il y a deux ans, en 2014, le président de l’UAV Michel ESPIE devient le nouveau maire de Vic-Fezensac. Il demande alors à Stéphane, à l’époque vice-président du club, s’il veut lui succéder à la présidence du club. « Il m’a dit : « Est-ce que t’es prêt à le faire ? ». » Stéphane hésite un peu devant l’ampleur de la tâche mais pas longtemps. Il se lance sans regrets, reconnaît-il aujourd’hui. Le poste de président de club est une grande responsabilité : il doit faire vivre le club, le faire évoluer et surtout assurer financièrement sa pérennité. Aujourd’hui, il nous confie s’occuper principalement du maintien des relations avec les partenaires de l’UAV et du recrutement des entraîneurs et joueurs. Comme nous avons pu le constater en le suivant au stade pour un entraînement, Stéphane met également un point d’honneur à assister aux entraînements les mercredis et vendredi soirs et aux matches le dimanche : « Quand je fais plaisir aux vieux de 80 ans, qu’ils sont en train de crier pour encourager au bord du stade, c’est beau ! »

Pourquoi cet engagement plutôt qu'un autre ? Ca signifie quoi d'être président d'un club de rugby pour vous?

On sent en Stéphane un homme entier : quand il s’engage, il « s’engage à fond », et assure que s’il perd un jour le plaisir, il arrêtera. « Sans plaisir, c’est même pas la peine. Si un jour je n’ai pas envie d’y aller, je dis stop et j’arrête. »  Il vit ses engagements comme un match de rugby, le reconnaît et en est fier : « Sur un plaquage, si tu t’envoies à 50%, t’as plus de chances de te casser l’épaule que de réussir, alors qu’à 100% tu ne vas pas te faire mal. Pourquoi tout le monde se fait mal sur un match amical ? Parce qu’on ne s’engage pas. L’engagement sur un terrain de rugby, c’est primordial. On perd le match, on se fait mal. Si tu t’engages, tu gagnes le match et tu ne te fais pas mal. C’est comme dans la vie professionnelle. Si tu t’engages à moitié, tu vas laisser traîner les choses, […] et ça peut pourrir une situation. »

« C’est très lié l’engagement, humain, sportif et professionnel. Quelqu’un qui s’engagera pas dans sa vie, il vivotera sa vie. »

La motivation de Stéphane ? Travailler et vivre avec des jeunes. Il prend plaisir à transmettre, à apprendre aux nouvelles générations les valeurs du « rugby de clocher » : le partage, la convivialité, l’esprit d’équipe. Des valeurs qu’il a retrouvées tout au long de ses différents engagements et qui lui ont permis d’affirmer ses convictions. Il est fier, aussi, de ses filles basketteuses, dont les trophées et photos sont exposés dans son salon : « Heureusement qu’elles font du sport, elles comprennent et partagent mes valeurs sportives. » Même si la reprise de l’exploitation par ses filles est incertaine, Stéphane sait qu’il leur aura transmis toutes les valeurs associées à ses engagements : la passion du sport, le contact social, la convivialité et l’amour de la campagne.

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